Folle journée 2012 : au cœur de l’âme russe

Séance dédicace de Patrick Barbier lors de la Folle Journée de Nantes 2010 © Marc Roger
Cette année, la Folle journée explore la musique russe de 1870 à nos jours. De la grande époque romantique incarnée par Tchaïkovski à celle des compositeurs contemporains comme Goubaïdoulina, cette édition révèle une musique exaltée et mélancolique, populaire et sentimentale… à l’image du peuple russe. Décryptage avec Patrick Barbier, historien de la musique.
"L'école musicale russe est née dans les années 1840, au moment où une conscience nationale a émergé sous l’impulsion d’artistes comme le poète Pouchkine, le compositeur Glinka, puis le Groupe des Cinq : Rimski-Korsakov, Balakirev, Cui, Borodine et Moussorgski", explique Patrick Barbier. Historien de la musique et professeur à l'Université catholique de l'Ouest (Angers), il participe à la Folle journée en tant que conférencier et scénariste d’un spectacle musical. Pour cette édition, dédiée à la musique russe des 19e et 20e siècles, il intervient notamment sur la vie et l’œuvre de Tchaïkovski, génie de la grande époque romantique (1870-1880). "Opéras, symphonies, concertos… ce fut une période foisonnante, une apothéose dont Tchaïkovski reste aujourd'hui encore le représentant le plus populaire".
Si ce dernier est au cœur de la programmation de la Folle journée, la période moderne (1900-1915) n'est pas en reste. "Elle a provoqué de nombreux bouleversements. À titre d'exemple, Le Sacre du printemps de Stravinski a révolutionné l’écriture musicale et la chorégraphie, ouvrant les portes à la danse contemporaine. Présenté à Paris en 1913, il a contribué à la reconnaissance de la musique russe en France. De même, Prokofiev a transformé le piano romantique avec des sons percutés. Et Scriabine a imaginé les premiers sons et lumière : la Folle journée lui rend d’ailleurs hommage en concrétisant son idée lors de la représentation de Prométhée".
Une musique populaire
Enfin, dernière grande scission au sein de cette vaste épopée, la révolution bolchevique de 1917. "Pendant la période qui a suivi, et qui se poursuit bien au delà de la mort de Staline en 1953, la censure était omniprésente. Le communisme a cependant eu le mérite de rendre la musique accessible au plus grand nombre, de ne pas en faire l’apanage d’une culture bourgeoise. Elle s'est donc ancrée dans le quotidien des gens, portée par des figures mythiques comme Chostakovitch. Ce dernier testait des sonorités dissonantes, mais sa musique est restée bien plus abordable que celle qui était proposée en France à la même époque. Les Russes ont, en effet, toujours privilégié la mélodie et les sentiments. Chostakovitch oscille ainsi entre des débordements jubilatoires et des états mélancoliques, il parle de l'âme russe".
Une sensibilité également perceptible chez des compositeurs contemporains comme Schnittke, mort en 1998. "C'est un artiste extraordinaire. Comme nombre de ses compatriotes, il a beaucoup écrit pour la voix. La Folle journée permet ainsi de redécouvrir la beauté des chœurs russes grâce à l'ensemble La Capella de Saint-Pétersbourg, au Patriarcat de Moscou et aux chœurs de l'Oural".
Rendez-vous du 27 au 29 janvier à Saint-Nazaire, Cholet, Saumur, Fontevraud, Laval, La Flèche, Sablé-sur-Sarthe, La Roche-sur-Yon, Challans et Fontenay-le-Comte et du 1er au 5 février à Nantes, pour savourer cette Folle Journée 2012.
