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Détail de la manifestation

Elle parle avec des accents, 2017 © Eva Taulois

Du 22/02 au 27/05/2018
Arts plastiques / exposition

Instantané (96) : Eva Taulois

Elle parle avec des accents

«Elle parle avec des accents»

L’ambivalence pourrait être le maître mot du travail d’Eva Taulois, une manière d’inquiéter le langage tant il semble difficile de décider si nous tournons autour de sculptures ou si nous regardons des peintures en mouvement. La dizaine d’œuvres présentées au Frac des Pays de la Loire sont autant des volumes optiques et des images captées entre deux déplacements. En effet, l’artiste propose une série de scénarios qui permettent de voir les œuvres dans des configurations différentes. Jouant d’un principe de permutation cher à la poésie visuelle et au « cut-up » comme principe créatif, l’artiste modifie notre perception et déjoue les tentatives de nomination habituelles. Le rythme coloré, la scansion des coupes, raclage, modelage, recouvrement, taille, lissage, pose, convoquent les actions de la sculpture, les gestes de la peinture, pour combiner un vocabulaire hybride. Les figures sans titre a priori ont peu à peu pris le nom de leur usage, tant leur déplacement et le jeu analogique font œuvre ici. Ainsi la Venus, le Danseur, la Danseuse, le Chapeau, le Dôme, le Miroir, l’Œuf, le Velour Bleu, le Rideau... deviennent les personnages d’une forme de performance dont nous sommes les témoins a posteriori.

Eva Taulois pervertit le langage conventionnel de l’art et permet une relecture à rebours de l’histoire de la modernité, projet encore inachevé ici. Ses objets déjouent toute tentative de sémiotique artistique restreinte au medium, mais ouvrent la langue à la mixité des accents. Comme l’on parle d’indo-européen, d’afro-américain, d’auvergnat-parisien, ou d’algéromarseillais, les œuvres convoquent le « trait-d’union » comme les langues s’hybrident des parlers vernaculaires de ceux qui les utilisent.

Le projet contenu ici est celui d’un mouvement perpétuel des choses, dont la nature est essentielle, non pas une évocation d’un monde extérieur à la matière, mais une dynamique interne aux matériaux et à leurs usages. Ainsi Eva Taulois est décadente, elle décide de la chute des choses, mais dans une danse infinie. En cela elle investit de façon magistralement contemporaine, la question du style, de l’autorat et du travail partagé. « Co-working » à l’œuvre, elle provoque des dissidences entre la contemplation de la perfection d’une œuvre « achevée » et le mouvement questionnant du visiteur, qui se meut entre les pièces et par là découvre que l’œuvre réussie est celle qui, étant faite, est encore à faire. Décadente au sens où elle déjoue la définition du style comme étant close et achevée, qu’elle rompt le principe qui voudrait qu’à une idée corresponde une forme, ou à une fonction un objet, Eva Taulois accuse réception de la polysémie à l’œuvre en ce premier quart du XXIe siècle.

Marie de Brugerolle

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